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En 2023, le métier de prompt engineer faisait la une. Des entreprises affichaient des salaires à 300 000 dollars pour quelqu’un capable d’écrire les bonnes instructions à ChatGPT. Trois ans plus tard, le même poste a presque disparu des offres d’emploi. Pas parce que la compétence était inutile, mais parce qu’elle a été absorbée par d’autres fonctions et que les modèles comprennent désormais mieux ce qu’on leur demande, sans qu’il faille un expert pour traduire.
C’est tout le piège des articles sur les nouveaux métiers de l’IA. La plupart alignent dix intitulés qui sonnent bien, sans dire lesquels existent vraiment, lesquels comptent pour une petite structure, ni surtout ce qu’un dirigeant doit en faire. Or pour une TPE ou une PME, la question n’est presque jamais laquelle de ces fonctions recruter. C’est : faut-il embaucher un profil IA, ou plutôt former les gens qui sont déjà là ?
Réponse directe : de nouveaux métiers de l’IA émergent réellement (ingénieur IA, spécialiste data, formateur IA interne, référent conformité), mais le poste de prompt engineer comme fonction autonome est déjà en train de fondre, absorbé dans des rôles plus larges. Pour la très grande majorité des TPE/PME, embaucher un profil IA dédié n’a pas de sens économique : le besoin réel n’est pas un poste, c’est une montée en compétences de l’équipe existante. On forme d’abord, on recrute seulement quand l’IA devient le coeur du produit ou du service.
Avant de parler métiers, il faut poser les ordres de grandeur. L’IA ne détruit pas l’emploi en bloc : elle le déforme. Le rapport de référence sur le sujet, le Future of Jobs du Forum économique mondial, repose sur plus de 1 000 employeurs représentant 14 millions de salariés dans 55 économies. Son verdict est nuancé, pas catastrophiste.
L’emploi à l’horizon 2030 selon le Forum économique mondial (janvier 2025) :
- 170 millions / nouveaux emplois créés d’ici 2030
- 92 millions / emplois déplacés sur la même période
- +78 millions / solde net positif d’emplois
- 39 % / des compétences clés d’un poste seront transformées ou obsolètes d’ici 2030
- 63 % / des employeurs citent le déficit de compétences comme premier frein à leur transformation
- 59 % / des actifs auront besoin d’une formation (reskilling ou upskilling) d’ici 2030
Source : World Economic Forum, Future of Jobs Report 2025, janvier 2025.
Retenez la dernière ligne. Le chiffre qui devrait parler à un dirigeant n’est pas le nombre de métiers créés, c’est que près de 6 actifs sur 10 vont devoir se former. Le goulot d’étranglement de l’IA en entreprise n’est pas le recrutement de spécialistes rares. C’est la compétence des gens qui sont déjà en poste. Le Forum le dit noir sur blanc : le déficit de compétences est le premier obstacle, devant le budget ou la technologie.
Du côté de la valeur, les données du cabinet PwC, qui analyse près d’un milliard d’offres d’emploi, vont dans le même sens. Les compétences IA paient, mais elles ne sont pas réservées à une caste d’ingénieurs.
La prime aux compétences IA (PwC, baromètre mondial de l’emploi IA 2025) :
- 56 % / de salaire en plus pour un poste exigeant des compétences IA, contre un poste comparable sans (contre 25 % l’année précédente)
- x4 / la croissance de productivité dans les secteurs les plus exposés à l’IA
- +27 % / de chiffre d’affaires par salarié dans les secteurs très exposés, contre +9 % dans les moins exposés
Source : PwC, Global AI Jobs Barometer 2025.
La prime de 56 % concerne des postes qui exigent des compétences IA, pas seulement le titre de data scientist. Un commercial qui sait faire travailler l’IA dans sa prospection, une comptable qui automatise sa saisie, un assistant qui pilote un agent : ce sont des métiers existants augmentés, pas des recrutements nouveaux. C’est exactement là que se trouve le levier d’une petite entreprise.
Le prompt engineer est l’exemple parfait du métier dont on parle plus qu’il n’existe. Sa mission consistait à écrire des instructions optimales pour un modèle d’IA. C’était une couche de traduction entre l’intention humaine et la machine. Le problème : quand la machine devient assez bonne pour comprendre l’intention directement, le traducteur devient superflu.
Le déclin du prompt engineer comme poste autonome :
- De 144 à 20-30 / recherches du métier par million sur Indeed, entre le pic d’avril 2023 et 2025
- Avant-dernier / rang du prompt engineer parmi les nouveaux postes que les entreprises envisagent de créer, dans une enquête Microsoft auprès de 31 000 actifs dans 31 pays
- Top 3 / les rôles que les entreprises comptent réellement ajouter sont plutôt formateur IA, spécialiste data IA et spécialiste sécurité IA
Sources : Salesforce Ben, citant les données Indeed et l’enquête Microsoft Work Trend Index, 2025.
Nuance importante : la compétence ne disparaît pas, elle se banalise. Savoir formuler une demande claire à une IA, vérifier sa réponse, repérer une hallucination, c’est devenu une aptitude de base, pas un métier. Elle se fond dans le travail de tout le monde, comme savoir chercher sur Google ne fait pas de vous un documentaliste. Les vrais postes qui montent, eux, sont plus larges : ingénieur IA, spécialiste data, référent qui forme et encadre les usages en interne.
La leçon pour un dirigeant est directe. Si même le poste le plus médiatisé de l’IA se révèle être une compétence diffuse plutôt qu’une fonction à recruter, c’est le signal qu’il faut regarder la question autrement : non pas quel spécialiste embaucher, mais quelles compétences diffuser dans l’équipe.
Voici les fonctions qui reviennent le plus souvent sous l’étiquette nouveaux métiers de l’IA, et une lecture honnête de leur pertinence pour une petite structure. La colonne de droite est la seule qui compte quand on dirige une TPE.
| Métier | Ce qu’il fait | Réalité du poste | Utile pour une TPE/PME ? |
|---|---|---|---|
| Prompt engineer | Écrire et optimiser les instructions données aux modèles | Poste autonome en voie de disparition, absorbé dans d’autres rôles | Non comme poste. Oui comme compétence de base à diffuser |
| Ingénieur IA | Construire et intégrer des solutions IA dans des produits | Rôle technique en forte croissance, profil rare et cher | Rarement en interne. À sous-traiter ou via agence |
| Spécialiste data | Préparer, structurer et exploiter les données qui nourrissent l’IA | Demande réelle et durable, au coeur de tout projet IA sérieux | Utile si vous avez beaucoup de données. Sinon, surdimensionné |
| Formateur IA interne | Monter en compétence les équipes, diffuser les bons usages | Souvent un rôle confié à un salarié existant motivé, pas un recrutement | Oui. C’est le besoin numéro un d’une petite structure |
| Référent conformité IA | Encadrer les usages, gérer les risques et le cadre légal | Nouvelle responsabilité, rarement un poste à plein temps en TPE | Oui comme casquette, attribuée à une personne en place |
| Spécialiste sécurité IA | Protéger données et usages contre les détournements | Métier en hausse, surtout dans les structures qui manipulent des données sensibles | Selon le secteur. Souvent externalisé |
Le constat saute aux yeux. Sur six fonctions, une seule pointe systématiquement vers un besoin réel et accessible pour une TPE : le formateur ou référent IA interne. Et ce n’est presque jamais un recrutement. C’est une casquette qu’on confie à quelqu’un de l’équipe, souvent le dirigeant lui-même au début, ou le salarié le plus à l’aise avec l’outil. C’est ce qui nous amène à la vraie décision.
C’est la question que ne pose presque aucun article listicle, et c’est la seule qui compte pour un dirigeant. Disons-le franchement : pour la très grande majorité des TPE et PME, embaucher un profil IA dédié est une fausse bonne idée. Trois raisons.
1. Le besoin n’est pas un poste, c’est une compétence diffuse. L’IA est utile partout : au commercial pour sa prospection, à la compta pour la saisie, au dirigeant pour ses mails et ses contrats. Concentrer cette utilité dans une seule personne, c’est créer un goulot d’étranglement. La valeur vient de l’inverse : que chacun sache utiliser l’IA dans son propre métier. C’est d’ailleurs le constat du Forum économique mondial, qui place le déficit de compétences (et non la rareté des spécialistes) comme premier frein.
2. Le profil IA pur est rare, cher, et difficile à fidéliser. Un ingénieur IA expérimenté se recrute au prix fort, en concurrence avec des grands groupes et des startups financées. Une TPE qui parvient à en attirer un peine ensuite à le garder et à lui donner assez de travail pertinent. Quand vous avez réellement besoin de ce niveau, le sous-traiter à une agence ou un freelance coûte moins cher et engage moins.
3. Former est plus rapide et plus rentable que recruter. Une équipe de cinq personnes formées à utiliser l’IA dans leur quotidien produit plus de valeur, plus vite, qu’un spécialiste isolé qui doit comprendre tous les métiers de la maison avant d’être utile. La montée en compétences capitalise sur des gens qui connaissent déjà vos clients, vos produits et vos process.
Il existe un cas où embaucher se justifie : quand l’IA devient le coeur de votre produit ou de votre service, pas seulement un outil de productivité. Une entreprise qui vend une solution basée sur l’IA, qui développe son propre modèle ou son propre agent, a besoin de compétences techniques internes. Mais c’est une minorité de structures, et ce sont rarement des TPE classiques. Pour comprendre ce que fait concrètement un agent et s’il relève de votre cas, notre dossier sur les agents IA en entreprise détaille la frontière entre simple usage et brique technique à maintenir.
Le débat embaucher contre former se règle souvent en posant les chiffres côte à côte. L’écart est tel qu’il rend la décision presque évidente pour une petite structure.
Embaucher un profil IA contre former l’équipe (ordres de grandeur 2026) :
- Embauche d’un profil IA / un salaire chargé à cinq ou six chiffres par an, plus le temps de recrutement et le risque de turnover
- Outiller l’équipe / un abonnement IA professionnel coûte de l’ordre de 20 à 30 euros par mois et par personne
- Former l’équipe / un budget de formation ponctuel, souvent mobilisable via les dispositifs existants, qui bénéficie à toute l’équipe d’un coup
Fourchettes détaillées et sourcées dans notre dossier dédié : combien coûte l’IA en entreprise en 2026.
Le raisonnement est arithmétique. Pour le coût annuel d’un seul recrutement IA, vous outillez et formez une équipe entière pendant des années. Et vous obtenez un effet réseau : cinq personnes qui s’entraident et partagent leurs trouvailles valent mieux qu’un expert qui travaille seul dans son coin. C’est aussi pour cela que la compétence se diffuse plus vite quand on forme que quand on recrute.
Reste une condition pour que la formation paie : il faut viser au-delà de l’usage basique. Taper trois prompts génériques dans ChatGPT ne distingue plus personne, puisque c’est désormais ce que tout le monde fait. Nous l’avons détaillé dans notre article compagnon sur le fait de ne pas se contenter d’utiliser l’IA comme tout le monde : la vraie avance vient des usages que les autres ne savent pas reproduire. Une formation utile vise ce niveau, pas la découverte du bouton.
Un argument supplémentaire, et il est juridique. Depuis le 2 février 2025, l’article 4 du règlement européen sur l’IA (AI Act) impose une obligation d’IA literacy. En clair : toute organisation qui déploie des systèmes d’IA doit veiller à un niveau suffisant de compétence en IA de son personnel et des personnes qui les utilisent pour son compte.
L’obligation d’IA literacy (article 4 de l’AI Act) :
- 2 février 2025 / date d’entrée en application de l’obligation
- 2 août 2026 / date à partir de laquelle la supervision et l’application des règles débutent
- Pas de format imposé / aucune certification ni structure de gouvernance obligatoire ; les mesures doivent être adaptées au niveau et au contexte de chaque public
Sources : EU Artificial Intelligence Act, Article 4 ; Commission européenne, AI Literacy Questions and Answers.
Cette obligation ne vise pas un poste, elle vise tout le monde. Vous ne pouvez pas y répondre en recrutant un spécialiste : le texte demande que vos salariés qui utilisent l’IA en aient une compréhension suffisante. C’est, par construction, une logique de formation des équipes, pas de recrutement ciblé. La loi pousse donc dans le même sens que l’économie : former plutôt qu’embaucher.
Bonne nouvelle, le cadre est souple. Pas de certification obligatoire, pas de comité de gouvernance imposé. Une sensibilisation adaptée à vos usages réels, documentée, suffit pour les structures simples. L’enjeu n’est pas administratif, il est pratique : des équipes qui savent ce qu’elles font avec l’IA.
Le contexte français confirme l’urgence et la direction. Fin 2025, 55 % des TPE-PME déclaraient utiliser l’IA générative, contre 31 % un an plus tôt, selon Bpifrance Le Lab, qui parle d’un basculement historique. L’adoption galope. Le risque n’est plus de rater l’IA, c’est de l’utiliser mal, sans méthode et sans montée en compétences.
Adoption de l’IA dans les petites entreprises françaises :
- 55 % / des TPE-PME utilisent l’IA générative fin 2025, contre 31 % fin 2024 (Bpifrance Le Lab)
- de 40 000 à 100 000 / personnes formées à l’IA par an, l’objectif de la stratégie nationale d’ici 2030 (France 2030)
Sources : Caisse des Dépôts, citant Bpifrance Le Lab, fin 2025 ; economie.gouv.fr, stratégie nationale pour l’IA (France 2030).
Pour un dirigeant, la marche à suivre est simple et ne passe pas par une fiche de poste.
Si vous ne savez pas par quel bout prendre tout cela, notre guide d’entrée, l’IA pour les TPE, par où commencer, déroule les premiers pas sans jargon. Et si le sujet dépasse vos ressources internes, une agence IA peut vous aider à former vos équipes et à cadrer vos usages, ce qui revient bien moins cher qu’un recrutement et vous laisse autonome ensuite.
Le métier de prompt engineer existe-t-il encore en 2026 ?
Comme poste autonome, il est en train de disparaître. Les recherches du métier sur Indeed sont passées d’un pic de 144 par million en avril 2023 à 20-30 par million en 2025, et une enquête Microsoft le classe avant-dernier parmi les rôles que les entreprises envisagent de créer. La compétence, elle, survit : savoir bien interroger et vérifier une IA est devenu une aptitude de base, pas un métier à part entière.
Quels nouveaux métiers de l’IA recrutent vraiment ?
Les fonctions techniques larges montent : ingénieur IA, spécialiste data, spécialiste sécurité IA. Selon Microsoft, les entreprises comptent surtout ajouter des formateurs IA, spécialistes data IA et spécialistes sécurité IA. Mais ces profils sont rares et chers, et concernent davantage les grandes structures que les TPE.
Une TPE doit-elle embaucher un profil IA ?
Dans la grande majorité des cas, non. Le besoin réel d’une petite structure n’est pas un poste IA dédié mais une montée en compétences de l’équipe existante. Embaucher ne se justifie que lorsque l’IA devient le coeur du produit ou du service, ce qui reste minoritaire chez les TPE classiques.
Former mes équipes coûte-t-il moins cher que recruter ?
Très largement. Pour le coût annuel d’un seul recrutement IA (un salaire à cinq ou six chiffres), vous outillez toute l’équipe pour environ 20 à 30 euros par mois et par personne et financez une formation ponctuelle qui bénéficie à tous. La formation capitalise en plus sur des gens qui connaissent déjà votre activité.
Suis-je obligé de former mes salariés à l’IA ?
Depuis le 2 février 2025, l’article 4 de l’AI Act européen impose une obligation d’IA literacy : votre personnel qui utilise l’IA doit en avoir une compréhension suffisante. L’application des règles débute le 2 août 2026. Aucune certification n’est imposée : une sensibilisation adaptée à vos usages, documentée, suffit pour une structure simple.
Par quoi commencer si je n’y connais rien ?
Désignez un référent interne (souvent vous-même au début), formez chacun à l’IA dans son propre métier, cadrez les données sensibles, puis mesurez les gains avant d’investir davantage. Vous n’avez pas besoin d’un poste pour démarrer, juste d’une méthode.
Ordiama, c'est aussi une agence IA à Strasbourg : on crée votre site, on vous rend visible dans l'IA et on automatise vos tâches.